Francis Valéry

Le Préambule à "L'Archipel des Rêves"
 

   

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Repères Chronologiques (suite) :

Le conflit européen de 1914-1916

 

(par F. Paul Dostert, alias Francis Valéry)

 

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 La « Blitz Krieg » : Août 1914

   
   

 

En dépit de l'intense activité diplomatique des Obédiences et des partisans de la paix, le conflit tant redouté éclata au cours de l'été 1914.

Placées sous le commandement unique du Généralissime Moltke, les armées prussiennes ont été déployées en un immense front allant de la Mer du Nord à la frontière helvétique. L'aile gauche, constituée des dix-huit divisions des sixième et septième armées prussiennes, appuyées par des auxiliaires austro-hongrois, fait face au gros des troupes françaises. Sous le commandement du Maréchal Joffre, celles-ci sont massées derrière une ligne de fortifications allant de Thionville à Belfort. Estimant les Ardennes infranchissables et compte tenu de la neutralité de la Belgique, l'État-Major n'a pas vu l'intérêt de disperser ses effectifs en envoyant des troupes vers le nord. Terrible erreur d'appréciation : le Reich a, en effet, placé sur la frontière belge soixante-dix divisions motorisées, regroupées en cinq armées qui vont bientôt constituer une formidable aile marchante.

Le 2 août, le Grand Reich Prussien et ses protectorats austro-hongrois déclarent la guerre à l'Empire Français. Précédées par des nuées de triplans bombardiers et couvertes par une armada de Zeppelins lourds, véritables forteresses aériennes hérissées de canons à tir rapide, les forces prussiennes, pivotant autour de Thionville, envahissent le Royaume de Belgique et le Grand Duché du Luxembourg.

Rien ne peut résister à cette formidable machine de guerre.

La première armée teutonne fonce en direction de Bruxelles, pénètre en Flandres, occupe Lilles puis Amiens. La seconde s'empare de Liège et de Namur, puis elle passe en France et prend Laon — tandis que la troisième armée s'empare de Dinant avant de se tourner vers Reims. Les français sont écrasés à Neufchâteau par la quatrième armée qui progresse jusqu'à Vitry-le-François. La cinquième armée, enfin, occupe le Grand Duché du Luxembourg en une journée et entame le siège de Verdun. C'est un véritable désastre pour l'armée française — d'autant qu'échoue une contre-attaque de l'aile droite contre Morhange, Strasbourg et Mulhouse, solidement défendues par les forces levées dans les baronnies austro-hongroises et encadrées par des officiers prussiens.

Par le jeu des alliances conclues au cours des années précédentes, l'Empire de Britannie et la Grande Russie se retrouvent aux côtés de leur alliés Français. Mais ces pays ne sont pas mieux préparés que la France à ce nouveau type de guerre, la « Blitz Krieg »,  imposé par les stratèges prussiens dont la méthode est de frapper aussi vite et fort que possible. Tandis que les Russes se dirigent à marche forcée vers l'ouest pour défendre leur frontière avec le Grand Reich, et que les Britanniques en sont encore à constituer un corps expéditionnaire, les débris de l'armée française en pleine débâcle sont poursuivis par l'aile enveloppante prussienne qui fonce vers le sud.
 

La Restauration de la République : septembre 1914

 

Le 2 septembre, un mois jour pour jour après le début des hostilités, l'Empereur Napoléon IV s'enfuit de la capitale vers laquelle se dirigent les blindés légers détachés de la première armée prussienne, pour se réfugier à Bordeaux.

Dès le lendemain est proclamée la Troisième Commune de Paris.

Le 6 septembre, Joseph Galliéni, Maréchal de France et Gouverneur de Paris, proclame la Quatrième République et prend la tête d'un gouvernement provisoire. Le jour même, il remplace Joffre par le Maréchal Foch. Réquisitionnant tous les véhicules civils disponibles, celui-ci lance aussitôt les réservistes assurant la défense de Paris contre le flanc droit allemand qui a été amputé de plusieurs divisions envoyées prématurément sur le front de l'est.

Appuyées par les premières troupes à peine débarquées du corps expéditionnaire britannique, les forces françaises bloquent l'avancée des blindés légers de Von Klück et parviennent même à ouvrir une brèche de quatre-vingt kilomètres entre les première et deuxième armée prussienne. Après une semaine de combats acharnés, la Bataille de la Marne tourne le 13 septembre à l'avantage des français.

Les armées face à face essaient alors de se déborder mutuellement. À l'est, la ligne de front touche la frontière helvétique — à l'ouest, commence une course vers la mer. Insensiblement, le front s'étend. Au cours du mois d'octobre, les armées de Foch reprennent Meaux et Vitry-le-François tandis que Nancy et Verdun, assiégées, tiennent bon. Le 17 novembre, le Généralissime Falkenhayn qui a remplacé Moltke donne l'ordre de cesser l'offensive. La ligne du front ouest passe alors par Belfort, Toul, Verdun, Reims, Soisson et Compiègne.

 

Le Front de l’Est

 

À l'est, la guerre suit un scénario parallèle.

Violemment attaquées au nord, les armées serbes doivent reculer en abandonnant leur capitale, Belgrade. De leur côté, les divisions de cavalerie blindée de l'Ordre Teutonique écrasent les forces russes dans une région marécageuse, située à une quarantaine de kilomètres de Tannenberg. La bataille est terrible, la cavalerie prussienne étant bien décidée à effacer les traces de son affligeante défaite subie, au même lieu mais cinq siècles auparavant, face à l'armée polono-lithuanienne du roi Jagellon. Par contre, les Barons austro-hongrois sont battus à Lemberg et à Rava-Russka — les Russes occupent même un temps le Baronnat de Galicie. Une contre-attaque des Serbes leur permet de reprendre Belgrade, en ruines.

En octobre, l'Empire Ottoman qui a des visées expansionnistes en Europe, entre en guerre aux côtés du Grand Reich. Les détroits fermés, les relations entre l'Alliance Franco-Britannique et la Russie deviennent presque impossibles.

À la mi-novembre, le front de l'est est à son tour stabilisé.

D'une efficacité indéniable à son déclenchement, la « Blitz Krieg » prussienne a toutefois montré ses limites. Une fois passé l'effet de surprise et faute d'être parvenu à détruire totalement les forces alliés, le rouleau compresseur germanique s'est révélé incapable d'occuper solidement le terrain conquis. Ce qui devait être une guerre-éclair se transforme donc, en novembre 1914, en une guerre de position à l'issue incertaine.

 

La « Drôle de Guerre » : novembre 1914–mars 1915

 

Au cours des premières semaines d’un hiver précoce, on lance de part et d’autre des offensives vigoureuses qui se soldent par autant d’échecs cuisants. Le terrain conquis la veille est repris le lendemain – quand on a réussi à déplacer le front de quelques dizaines de mètres. De telles opérations sont effroyablement coûteuses à la fois en munitions et en vies humaines. Mais si les fabriques d’armement tournent à plein régime depuis le déclenchement des hostilités, fournissant leur contingent d’obus et de cartouches, la relève par des troupes fraîches, des soldats tués ou mutilés, est proche d’atteindre ses limites.

Dans cette situation, et tant que rien ne viendra bouleverser l’équilibre des forces en présence, les stratèges conviennent que le mieux à faire sera, désormais, de ne plus rien faire. Dès la mi-décembre, on s’installe à l’ouest dans ce que la presse parisienne ne tarde pas à appeler la « drôle de guerre ». Pendant des mois, les forces franco-britanniques et prussiennes vont s’observer en un face-à-face quasi immobile, à l’abri d’un dispositif défensif long de sept cent kilomètres qui s’étire de la frontière suisse à la Mer du Nord.

A l’est, la situation est tout aussi bloquée. Les forces russes et prussiennes sont épuisées. Le ravitaillement est difficile. Le moral des troupes est au plus bas.

 

La Révolution russe et la « Paix séparée » : mars 1915–septembre 1915

 

La donne internationale change brusquement le 15 mars 1915, lorsque le Tsar Nicolas II est assassiné par un séparatiste finlandais. La Russie sombre aussitôt dans le chaos.

Le Prince Lvov prend la présidence d’un gouvernement provisoire qui tente de rétablir l’ordre. Mais la situation est désespérée : l’impôt ne rentre pas, la police n’existe plus, un vent de mutinerie souffle sur le front où des soldats retournent leurs armes contre leurs officiers. Lvov appelle le socialiste Kerenski mais rien ne change. En avril, c’est l’échec d’une tentative de coup d’état militaire conduit par le Général Kornilov. En mai, l’attaque des Bolcheviques, ouvriers, soldats et matelots, surprend Kerenski qui s’enfuit.

La Constituante convoquée pour le 1er juin est renvoyée le jour même et Vladimir Illitch « Lénine » Oulianov prend le pouvoir. Cinq jours plus tard, une armistice est conclue avec le Grand Reich qui conduit à la signature de la paix le 2 juillet 1915.

     Dans le courant de l’été, la Russie est partiellement démantelée par les sécessions de la Finlande, des Pays Baltes et de la Lituanie – qui conduit à la création, le 3 septembre, de la Confédération Scandinave. Le 11 septembre, l’Ukraine proclame à son tour son indépendance. Elle est suivie, deux jours plus tard, par la Pologne qui redevient un royaume indépendant après un siècle d’intégration dans la Grande Russie Tsariste

 

L’Armistice de septembre 1915

 

Sur le front de l’ouest, les forces en présence n’ont pas bougé d’un pouce depuis la fin de l’année précédente – si ce n’est que les forces prussiennes ont, au cours de l’hiver, occupé les Pays-Bas sans le moindre combat. La situation déjà sévèrement « boulonnée » l’est encore un peu plus par la conclusion, en mai 1915, d’un traité de non agression entre les Baronnies austro-hongroises et la jeune République Italienne.

La guerre s’est arrêtée faute de combattants. L’équilibre des forces en présence fait qu’elle est au point mort. Le temps de la diplomatie est donc venu.

Début septembre, une armistice est conclue entre la Coalition Franco-Britannique et le Grand Reich.

 

La Guerre Balkanique

 

Contre toute attente, Ferdinand de Saxe-Cobourg, Tsar des Bulgares, fait entrer son pays en guerre au mois d’octobre. En une opération conjointe, et sans le soutien des forces prussiennes, les armées austro-hongroises et bulgares envahissent sans coup férir la Serbie, puis le Monténégro et l’Albanie, avant de se retourner contre la Roumanie.

Dans le même temps, les forces ottomanes qui, bien qu’officiellement en guerre n’ont pas encore participé aux combats, débarquent en Grèce au sud, envahissent la Perse à l’ouest, et occupent Chypre et la Crète, avant que les « grands » pays aient eu le temps de réagir.

Fin décembre 1915, sous la pression diplomatique du Grand Reich, bulgares, austro-hongrois et turcs, après d’immenses conquêtes territoriales, déclarent unilatéralement la fin des hostilités.

 

La Paix Globale de Berlin : 17 mars 1916

 

Le 17 mars 1916, la Paix Globale de Berlin entérine les nouvelles frontières du Grand Reich et de l’Empire Ottoman, le démantèlement de l’ancienne Grande Russie ainsi que le partage de la Roumanie et des Balkans entre la Bulgarie et les Baronnies austro-hongroises qui s’affranchissent ainsi que la suzeraineté prussienne.

Personne n’est dupe : la Paix Globale ne vaut que sur le papier et ne s’impose aux peuples occupés que par leur épuisement.

Il fait peu de doutes que les Balkans sont désormais une poudrière qui ne va pas tarder à exploser, que la République restaurée en France ne tolérera pas longtemps l’occupation du cinquième de son territoire par l’ennemi héréditaire prussien, que l’exemple de la révolution russe va se révéler dangereusement contagieux – d’autant que, deux semaines après la signature, à Berlin, de la Paix Globale, le Congrès de Moscou qui se tient du 2 au 6 août 1916, est l’occasion de la création du Komintern, fer de lance internationaliste chargé de préparer la Révolution dans tous les pays.

 

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Article de Joseph Plumet, extrait de Histoire Universelle Illustrée des Pays et des Peuples, Tome IX, 1927. Nouvelle édition publiée, sous la direction successive de Edouard Petit, Inspecteur Général de l’Instruction Publique, et de MM. Maurice Allain et André Ganem, Professeurs de l’Université, par la Librairie Aristide Quillet, 278, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIIe).

 

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