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De notre envoyée spéciale |
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Compte-rendu en date du 14 mars |
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Comme vous l’aviez pensé, les deux groupes se sont investis dans leur tâche avec des effets remarquables, vous le constaterez sur pièces. Michèle a su galvaniser ses troupes pour un objet de travail intense qui porte ses fruits. Nos élèves ont commencé à réaliser qu’écrire était à leur mesure, et se prennent au jeu de la Lettre et des lettres.
S’autoriser devenu enjeu, libre permission donnée et consignes pour cadre, nous assistons, je vous assure, à la floraison…, que dis-je, c’est à foison qu’historiettes, séquences, poèmes et textes sous formes variées nous arrivent… Que nenni, vous n’aurez probablement pas tout, soyez mesurés en votre envie, au moins florilège de beaux manuscrits soigneusement transcrits (par notre renommée copiste et dispensatrice de plaisirs, Mme de Sales, comme vous le savez) vous parviendront…
En son salon, bien qu’étroit d’espace, chichement meublé et décoré (encombré de méchantes chaises et guéridons, j’en ai encore le derrière tout fatigué), inspiration et culture font bon ménage, et savez-vous bien qu’on y cultive même les mots d’esprit… ! Ecrire en s’amusant parfois, est ma foi, de fort bon aloi. Je ne saurais trop vous le recommander, pardonnez-moi cette pointe, je vous recommande nos pensionnaires, qui sans manières aucunes, font bel ouvrage et fines réparties. Foin de chétives pécores trop grincheuses, foin d’aprêtés damoiseaux maladroits ou prétentieux, ceux-ci donnent toutes satisfactions à leur préceptrice ; un peu de bonne humeur, voilà qui nous sied, en ces temps de vilaine guerre annoncée… ! Hors donc, méchants courtisans et vulgaires effrontés dont on raffole à la Cour, dont les échos ou portraits s’affichent en nos gazettes ou se donnent en spectacle… ! Que voilà de bonnes nouvelles qui vous réjouiront et vous récompenseront de vos efforts ! Ah, j’oubliais, dans mon jugement hâtif à propos du salon que tient Mme de Sales à l’Institut, d’ajouter, que le décor qui nous est offert n’est pour dire la vérité, point si ingrat qu’à première vue.
Il me faut en effet (ce
serait sinon mauvaise grâce), ajouter que de nombreuses ouvertures offrent
justement une vue splendide d’un côté sur notre bonne vieille ville en
contrebas, que cette situation dominante régale nos regards, et que de
l’autre, d’autres fenêtres donnent sur un jardin d’agrément, tout enclos et
prodigue en verdure… L’air y est très sain, et par beau temps c’est
charmant, vraiment. Voyez donc les privilèges dont nous sommes entourée, et enviez-nous donc un peu, vous qui, pauvres malheureux, êtes condamnés par vos hautes fonctions à supporter tous les embarras des cités modernes… Je me moque, c’est certain, mais vous connaissez mes emballements, et je sais que vous pardonnerez ces écarts, qui vous amuseront peut-être, le temps d’en faire lecture… Hors donc, voici la suite de mon journal, que vous attendez je le sais, avec grande impatience…
_______ Groupe N°1, appelé par moi-même « Portrait de jeunes filles avec garçon » (traduit du japonais) Rapport selon instructions spécifiques reçues
Ceci est un rêve
Afrique, Asie, Moyen-Orient… ? Difficile à dire, tout se mélange (seule certitude, c’était pas l’Amérique)… La ville venait d’être bombardée ; des pans entiers de murs s’effondraient, la poussière n’était pas nuages, mais l’air lui-même, très épais à partir du sol, avec de sales éclaircies ponctuelles si on regardait vers le haut. Seules quelques silhouettes en guenilles étaient entre-aperçues fuyant, la plupart avaient-ils évacué à temps ?… Surtout ne pas penser à l’envers, étaient-ils ensevelis ?…, pas le moment, penser à autre chose, aux vivants ; combien de l’équipe ?…, deux ou trois, je ne les voyais pas, je sentais leur présence, leur silence m’accompagnaient, ou plutôt erraient avec moi, un chiffon ou un mouchoir, un foulard improvisé sur le nez et la bouche, cherchant quoi faire, où aller, la peur serait pour plus tard… Je crois entendre un enfant pleurer de terreur, et m’avance vers un reste d’immeuble, les autres me disent « N’y va pas ! », ou « Ça va s’écrouler aussi… ! » Je vois comme en rêve les fissures des murs qui grandissent doucement. Je sais.
Un nouveau cri m’oblige, je cours jusqu’à la bouche d’ombre d’un hall d’entrée ou de cour. J’appelle… J’entends… Je me dirige vers le son… Lenteur désespérante d’accoutumance à l’obscurité… Un mouvement léger…, à hauteur de mes jambes… À demi-caché dans la nuit du passage, un visage d’enfant métis épuisé, grands yeux d’adulte néantisé, me regarde sans bruit. Je l’attrape, vite, et prends ma course vers l’espace de poussière, le bébé silencieux (un an et demi ou deux ?) cramponné à moi comme un petit singe, c’est bien bonhomme, c’est bien… Je sors in extremis, les autres m’accrochent et m’entraînent dans leur sprint pendant que le bâtiment s’affaisse derrière nous… Fuite éperdue pour la distance, asphyxiés pourtant, ils m’engueulent de leur peur, ils crient « Tu vois pas si tu y étais restée… ?», je pense «Je m’en fous»...
On s’arrête, on fait une pause, l’enfant est là, dans mes bras, il veut s’endormir enfin, je le serre bien fort pour qu’il se détende, le chaos attendra.
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Notre envoyée spéciale à la Maison d'arrêt
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Notre envoyée spéciale dans l'Archipel du Rêve |
Notre envoyée spéciale à la BM
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