Préambule



Des ateliers d'écriture, points de vue
 

     
     


L’ECRIVAIN, LE LECTEUR, LE BIBLIOTHECAIRE

     
     

 

  

Au cœur de la vie d’un bibliothécaire, il y a le plaisir, la passion, le souci de la lecture.

Lecteur lui-même, impliqué dans ses goûts et ses préoccupations, le bibliothécaire voit dans la lecture le socle de toute éducation, d’« apprentissages » de tous ordres : le nœud de l’ouverture au monde. Une affaire d’échange.

Mais la lecture peut être aussi ressentie comme quelque chose qui marche trop souvent à sens unique, et le bibliothécaire a parfois tendance à voir le lecteur, « son » lecteur, de manière univoque et passive : quelqu’un qui reçoit, ingurgite et non quelqu’un qui donne, si ce n’est dans le cadre d’un échange occasionnel d’impressions ou d’un choix de lectures.

Le bibliothécaire a quelquefois envie de sortir de son rôle de prescripteur, de « fournisseur » de lectures. Il y a des moments où il ressent une curiosité, une frustration (notamment dans ces rares instants d’échange), et éprouve l’envie de poser à l’interlocuteur-lecteur, la question :

« Et vous alors, quoi ? »

« Qu’en est-il dans votre coin, de votre monde à vous, de votre perception du monde à vous ? »

« Comment en parleriez-vous ? »

« Comment le rêveriez-vous ? »

« Comment l’écririez-vous ? ».

 

Il y a autre chose, qui concerne cette fois-ci le rapport du bibliothécaire, non plus à l’écrit en général, mais à « l’écrivain ».

Par son métier, le bibliothécaire-médiateur est amené à organiser des « Rencontres », à mettre en relation le « lecteur » et « l’auteur ». Même conviviales, ces « Rencontres », parfois très ritualisées, sont la plupart du temps ponctuelles, fugaces, et sont souvent très frustrantes pour tout le monde.

Pour le lecteur, souvent réduit au rôle d’auditeur docile ou de quémandeur d’autographes.

Pour l’écrivain, obligé de vendre sa marchandise, de jouer l’histrion.

Pour le bibliothécaire, cantonné au rôle de chauffeur, de logisticien ou au mieux de Bernard Pivot à la petite semaine (Ah, la pesanteur des modèles médiatiques !).

 

Derrière tout ça (trêve de caricature…), il y a toujours la question : « Mais comment ça marche, qu’est-ce qui se passe quand on écrit ? D’où ça vient ? Comment le dire ? »

Qui mieux que l’écrivain peut nous le révéler, permettre à chacun d’exprimer ces choses ?

 

Alors pourquoi ne pas proposer à l’un comme à l’autre de faire durer un peu plus cet échange ? Et, non seulement cela, de rendre cet échange plus réciproque : l’écrivain abandonnant un peu de son statut d’auteur, le lecteur livrant un peu de son monde… Et se livrant à l’expérience de l’écriture, avec l’écrivain comme guide.

 

On assiste aujourd’hui à une multiplication des expériences d’ateliers d’écriture, un « phénomène » dans lequel les bibliothèques se trouvent naturellement impliquées. Ce mouvement correspond (tout le monde s’accorde à le dire) à un réel besoin, à une « nécessité » sociale : écritures de quartier, récits de vie ou de mémoire, correspondances, expériences de type oulipien, jeux de rôle littéraires, écrits de fiction en situation de réinsertion, en milieu carcéral...

 

On ne peut pas ne pas s’interroger sur ce que de telles démarches impliquent.

 

En premier lieu : « Qu’est-ce qu’un atelier d’écriture collectif, quand on sait la part de l’intime de toute écriture ? » (*).

La lecture d’un côté, l’écriture de l’autre, sont des pratiques solitaires, exclusives, « secrètes ».

Mettre ces pratiques jumelles à l’épreuve du collectif, c’est sortir de l’exercice, de l’habitude du « soliloque », renoncer au secret, entrer dans l’effort de se dévoiler, s’aventurer dans le jeu de l’échange et de la mise en commun.

 

Proposer un, deux, trois, quatre… ateliers d’écriture, c’est chercher à relier entre eux, des individus, des groupes, des milieux qui se juxtaposent, cohabitent sans toujours se rencontrer.

 

Même dans une petite ville comme Périgueux, par exemple,… il y a plein de choses qui se passent derrière toutes ces façades, ces fenêtres, ces entrées, ces paliers, ces porches, ces portes…

Dans cette toile urbaine, avec ses lycéens, ses étudiants, ses employés, ses mères de famille, ses chômeurs, ses retraités, ses détenus…, il y a moyen de tisser quelques fils.

Dans cet « archipel », pas mal d’îlots à rallier, à relier…

 

Pas mal d’histoires à raconter...

 

 

 

(*) : voir par exemple, pour un résumé de la question (à partir des recherches menées notamment au sein de l’Institut international Charles Perrault d’Eaubonne, dans le domaine de la littérature et de l’écriture des jeunes), l’article de Jean Foucault, "Réflexions sur les ateliers d’écriture et le réseau Lignes d’écriture", dans la revue « Argos, bulletin des BCD et des CDI » (n° 30, septembre 2002) ; ou par ailleurs la revue en ligne : http://www.remue.net/

 

     
             
                     
     

   

     
   

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