L'Intime / Le Monde, avec Laurent Mauvignier


 

           
             
     

  

( I )

 


Vous parlez : des livres que vous n’avez pas lu, des films que vous n’avez pas vu ! Par contre vous connaissez par coeur les critiques-
Quand vous parlez de peinture, toutes vos phrases contiennent le mot “extraordinaire”.
Vous regardez beaucoup la télé
Vous avez ainsi un avis sur tout : l’avenir de l’humanité, la politique, grâce à la lecture de Télérama.
 


( II )

 


Vous.

Vous, toujours vous.

Il n’y a que vous.

Parlez de vous

vous regarder

Vous admirer

Vous consoler

Vous -

Mais sans vous ?

Monsieur mon mari ?
 


 

( III )

 


les autres vous tutoient,
ils doivent vous aimer, vous adorer, vous respecter, croire en vos miracles, en votre existence,

avoir foi en vous.
 


( IV )

 


Vous avez débarrassé la table oui mais pourquoi ne pas l’avoir mis dans le lave vaisselle

Vous m’avez aimé mais pourquoi m’avoir fait tant de mal

Vous m’avez dis ce que je devais faire mais pourquoi m’avoir laisser seule à le faire

Vous m’avez offert des avantages mais pourquoi me les avoir faits payer aussi cher

vous m’avez promis mais pourquoi m’avoir trahie

Vous m’aimez, oui alors prouvez-le moi.
 


( V ) 

 


vos petites lunettes,
votre costume aux couleurs fades,
la suffisance que vous nous offrez depuis votre poste
vous permet quelques incorrections que l’on ne peut laisser passer. Vous n’impressionnez personne.
 Je vous méprise.
 


( VI ) 

 


Hé vous là-bas! oui vous, venez ici, comment ça vous ne pouvez pas et vous vous foutez de moi en plus, vous faites preuve de mauvaise volonté, non ne partez pas, ah nous ne pouvez pas partir non plus, ah, j’ai compris vous ne pouvez pas venir vers moi ni aller ailleurs, alors attendez, je recule mon ami !
 


 

( VII ) 

 


Vous me reprochez de ne rien faire maintenant, de me la couler douce, que faisiez vous donc quand à six heures du matin le réveil sonnait, je me levais vous vous rendormiez ceci pendant des années
 


 

( VIII ) 

 

 


Où êtes-vous passé ?

Pourquoi me laissez-vous seule face à l’absence ?

Pouviez-vous faire autrement ?

En souffrez-vous ?
 


( IX )

 


 J’imagine que vous avez toujours
cette manie de cracher le matin,
et vous l’aurez décuplée dans dix ans -

même si vous n’êtes plus là, je vous entends encore -

Et je sais que vous mangez encore vos crottes de nez

Vous chantez sous votre douche,
mais vous pétez au lit, et vous riez bien fort,
“ben quoi, c’est la nature?”
 

 

( X )

 

 

Regardez-vous, plié en deux sur votre clavier d’ordinateur à attendre que les mots jaillissent du bout de vos doigts. Levez-vous, cela ne sert à rien de rester là. Faites quelques pas mais ne déambulez pas, ne vous massez pas les tempes ça n’a jamais aidé personne. Continuez à marcher, évitez la console de jeu et la télé, oubliez qu’ils existent et sortez de chez vous sortez  de votre tête et trouvez l’inspiration chez quelqu’un d’autre.

 


(XI )

Vous qui attendez là, statique, avec vos mains dans les poches et votre regard dans le vague, vous avez l’air d’un reproche sans même vous l’avouer

 


 

( XII )
 


Quand allez-vous vous décider à vous acheter du démêlant. Tous les matins je trouve des cheveux frisés par poignées dans le lavabo de la salle de bains. Les canalisations ont été bouché deux fois le mois dernier, cela m’a coûté quinze euros de destop, de quoi vous payer une coupe de cheveux digne de ce nom, je mettrais un grand coup de ciseaux là dedans moi.
 



( XIII )
 


Vous changez à chaque instant, qui êtes vous,
où êtes vous,
vous aimez cette image, mille facettes,

          je vous trouverai, je vous parle,
vous n’y êtes déjà plus,
vous êtes bien de cette époque
à zapper d’un geste à l’autre,
d’un sentiment à un nouvel élan,
plus beau, plus surprenant,
vous vous changez, vous le dites.

?

 

     
     

-.oOo.-
 
     
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