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P…, fin avril environ
Rapport de mission Groupe BM-W (immatriculation Who’s who)
(Avertissement : les consignes initiales semblent mal décodées par notre envoyée spéciale, mais le texte brut a été conservé pour préserver l’authenticité de sa rédaction, au risque d’une gêne passagère de lecture…)
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TUTTI QUANTI
« Tue… ! » les primevères par terre à gauche, et une aubépine, ou églantine ( ?) en fleurs, t’as jamais compris la différence…
« Tue… ! » un grand arbre…
Holà …! Hue… ! Kivala… ? Kesako… ? Stand by, Charlie Tango… stand by !
Modulation et réglage fréquence… Search… Copy ? Ça a l’air… Reprenons.
Tu… entends les petits oiseaux et un jeune couple qui parle en vis à vis. Tu vois elle assise, lui debout…
Tu sens l’air doux et frais sur ton visage ; tu vois un réverbère, une poubelle, un banc, un petit magnolia ou tulipier au choix ; tu entends un bébé qui pleure ; tu vois un buste de Bertran de Born coiffé à la Jeanne d’Arc ; Tu entends les cris joyeux des enfants sur le petit manège ; tu regardes l’heure à ta montre : trois heures cinq l’après-midi ; Tu entends un bruit d’eau qui coule ; tu vois qu’il y a une fontaine ; Tu sens que tu n’as jamais rien vu dans ce parc ; tu touches l’herbe et les pâquerettes comme une caresse ; Tu vois le feu clignotant orange au portail sud ; Tu vois un autre magnolia, assez grand ; Tu sens la merde de cleps ; Tu entends un pioupiou qui fait pioupiou ;
Tu touches la jardinière de béton, et tu t’appuies dessus, tu es mal installée.Tu goûtes un autre siège de fortune, de pierre cette fois, vestige romain ou plus tardif ; Tu entends plusieurs voitures passer ; tu en vois une rouge, tu ne vois pas les autres ; Tu sens toujours la merde de cleps, insistante. Tu entends un petit camion, ça fait un bruit très différent, et tu vérifies, c’est ça ; Encore une voiture, plusieurs, tu n’entends plus que ça, ça monte et ça descend, tu es juste au-dessus du virage. Tu vois la balustre de pierre à colonnettes ; tu vois à l’arrière-plan quelqu’un debout qui prend des notes sur un carnet ; mince, jean et pull bleus, chemise blanche, des lunettes, des cheveux courts et bruns, homme ou femme, quelqu’un qui regarde les enfants jouer au toboggan ; tu vois cette personne tourner la tête et elle te voit. Tu vois qu’elle écrit des choses, mais sûrement pas les mêmes, ou sûrement pas de la même manière. Tu vois un couple et un landau qui passent ; c’est l’homme qui pousse le landau. Tu entends qu’ils parlent soudain en riant. Tu vois qu’ils s’arrêtent et qu’ils s’embrassent. Tu vois qu’ils reprennent leur promenade. Tu entends un petit qui dit : « …. faire pipi ! » comme désespéré. Tu entends un autre enfant qui conduit une voiture à roulettes qui crissent sur l’allée. Tu entends un pétarou qui pétarade. Tu vois un gros bourdon qui a l’air saoul. Tu entends un enfant qui crie : « Maman ! Je…. », tu es trop loin pour entendre ses paroles. Tu vois un paysage de couples ou de mères, avec enfants. Tu vois des enfants qui jouent au sable ou au ballon, ou aux autres jeux. Tu entends une sorte de bruits de la vie, un peu de paix.
Tu entends un portable qui sonne, tu sens la colère que cela provoque en toi. Tu vois un Yorkshire qui s’approche de ton coin de pelouse et recule devant les ondes négatives venant de ta part. Tu entends deux autres clébards qui jappent comme des roquets. Tu sens que ton humeur change et que tout change tout le temps. Tu sens que tu as soif et que c’est l’heure. Tu vois qu’il est trois heures et demie.
Quand tu entres tu sens la chaleur dans la pièce. Tu entends une ambulance ; tu vois les coupoles de St Front, plus un grand cèdre à gauche en premier plan. Tu sens que ça te plaît et tu goûtes le silence. Tu entends, puis vois, les poissons-volants qui réintègrent le bocal pour évoluer sous une autre forme.
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N.B : Ceci n’est pas une fiction : tous les personnages et évènements sont réels et observés en décor naturel. Les animaux n’ont pas été maltraités pour les besoins de la séquence.
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AUTO-PORTRAIT en mars
Aujourd’hui, baskets blanches, chaussettes blanches avec petite fleur bleue (j’aime bien avoir des chaussettes assorties aux couleurs des autres vêtements), pantalon noir, pull bleu, tee-shirt blanc, petit collier rose et bleu de Monoprix.
En permanence quatre bracelets de cuivre, trois jaunes et un rouge, provenance Kotido-Karamodja (Ouganda 1981) ; Une montre Yema d’une vingtaine d’années, bracelet de cuir changé une ou deux fois l’an selon l’usure. Cette année c’est de l’autruche, l’année dernière c’était du porc, d’un beau vert, dégueulasse en fait, la couleur a viré en deux mois. Je n’aime pas tellement tuer des animaux pour leur peau, mais je suis allergique aux bracelets-montres en plastique.
Une bague à chaque main, un camée à gauche, un saphir à droite.
Plutôt grande pour ma génération. Pas drôle quand on a cette taille-là à 14 ans… Taille normale à Paris et au nord de la Loire, grande en Périgord.
(Pas eu le temps de peindre la tête, désolée)
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Note technique : Portrait en pied, croquis vite fait, couleurs acrylique base N°49-11 de Bricomarché
(extrait de correspondance anonyme trouvée dans une corbeille à papier)
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VOUS
Vous reviendrez de Bruxelles fâché,
Vous qui vous prenez pour le seul,
Vous qui dites toujours blablabla,
Vous qui avez toujours quelque chose à parler, à enseigner, à commenter, expliquer,
Vous qui savez tant de choses,
Beaucoup plus que je n’en saurai jamais,
Vous qui ne savez pas une chose,
Vous taire,
Taisez-vous !
Bien à vous
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Rapport d’observation à la galerie Z…
Vernissage
En son for intérieur elle se disait…, se disait quoi…, elle rongeait son frein, enrageait, passait par saccades de la colère à la rancune, de l’amertume à la tristesse, du chagrin à la blessure ouverte à nouveau… Elle pensait, aussi, c’était tout ce qu’elle pouvait faire.
Les conversations allaient bon train, le brouhaha s’amplifiait, devenait bruit, soudain elle se demandait ce qu’elle faisait là, comment tout cela était-il arrivé, comment ce qui était si proche, si familier, était-il devenu si lointain, presque étranger, comment ça lui revenait si fort, sans prévenir ; c’était arrivé à quelqu’un d’autre, seule façon de résister au choc…
Ne pas fuir, pas tout de suite, prendre un verre, faire semblant, éviter les questions, ne pas éveiller l’attention ou une quelconque sollicitude ; faire bonne figure, se donner une contenance (des phrases idiotes comme celles-là lui venaient), surveiller tout débordement possible, barrer la route à la plainte qui cherchait sournoisement un chemin, qui enflait, poussait de l’intérieur, du tréfonds ; parler de choses et d’autres, la pluie, le beau temps, regarder les objets et les images, prétendre s’intéresser aux autres, aller saluer l’auteur, trop entouré pour cela, l’appeler plus tard, échapper aux limiers mondains, à l’affût d’un « Vous ne devinerez jamais qui j’ai vu …». Eviter ceux qui voulaient savoir ce qu’elle était devenue, où elle en était ; elle mesurait à quel point elle n’était rien devenue, elle en était là.
Sortir, l’objectif était thérapeutique sans doute, on lui avait dit qu’il fallait faire un effort dans ce sens, rencontrer des gens, revoir des amis. Elle connaissait l’artiste, l’invitation avait réactivé une fibre sensible, un univers de création, de civilisation, n’était-ce pas son monde, celui où elle avait (eu) sa place… Relancer son désir, à l’aune de l’énergie des autres, voir le fruit d’un travail à l’œuvre, retrouver quelque chose qui s’était tu en elle.
Elle avait hésité, puis s’était décidée à répondre à ce petit signe qui lui était fait.
Elle l’a vu…
Il semblait changé, ses beaux cheveux avaient des fils gris, ça lui allait bien, il bougeait, se déplaçait, sans précipitation, attentif à ses interlocuteurs, vivant, sur sa lancée, ses nouveaux projets, son autre vie ; la parenthèse refermée, tout rentrait dans l’ordre, un instant dérangé, un instant, vraiment ? A partir de quand ça faisait longtemps ? Elle n’avait rien demandé, elle n’en demandait pas tant, inattendu, inespéré ; bousculée, elle avait aimé ça ; sans regret, c’était à prendre ou à laisser. C’était trop tôt, comment pouvait-il être aussi à l’aise… Il lui fallait plus de temps, plus qu’elle ne croyait.
Un instant (ou était-ce longtemps ?), c’était inévitable, leurs regards s’étaient croisés, il n’était pas si gai, si enjoué, que fallait-il faire, elle chavirait, dérapait, s’en allait, se sauvait, mettre une distance, se reprendre, pas comme ça, oui, se retrouver elle, inventer comment, apprendre à finir.
Bien à vous
De votre envoyée spéciale H.G pour la BIB
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