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Table I
Les deux panneaux n’étant pas attachés ils glissent l’un contre l’autre. L’achat a été fait aux bonnes affaires Ikea. Le bleu est moderne la surface est légèrement rugueuse tout en restant brillante. La tranche est d’une belle imitation de bois clair. Sur chaque panneau un trou de 5 ou 6 mm de diamètre a été percé pour, je pense, faciliter la montage de ces grandes surfaces de bois qui n’étaient donc pas à l’origine prévues pour la fonction qu’elles remplissent à présent. Afin de personnaliser l’installation une large trace de laque rouge traverse maintenant l’étendue d’un panneau dans sa longueur. La mobilité du support a rendu périlleuse la mise en place de l’indispensable ordinateur. Maintenant trône de façon immuable et pourtant instable : un porte-stylo design qui a du mal à contenir l’augmentation exponentielle de sa population ; l’écran/clavier/souris d’un ordinateur déjà dépassé ; les enveloppes éventrées d’une correspondance personnelle ; une lampe de bureau qui a donc tout à fait sa place sur celui-ci ; quelques cours à préparer, quelques factures à envoyer, quelques euros à dépenser ; un carnet de voyages usé par les transports et les intempéries. Une boule à neige de Venise (le pont Rialto marqué Venezia). Et de passage sur ce bleu, on peut y voir quelques livres à lire, quelques CD à écouter et l’aléatoire des fonds de poches qui se vident sur les deux plaques horizontales au retour d’une journée nomade.
L’immense bureau acajou de mon père aux tiroirs qui s’ouvrent si facilement dans un long glissement après une légère impulsion. Le sous-main officiel et l’antique tampon buveur d’encre. Il prenait toute la largeur de la pièce d’en bas qui était devenue son bureau. Majestueux objet, meuble qui était une institution à lui tout seul. La chais était dans les mêmes tons. Elle tournait le dos à la porte qui donnait accès à la pièce. Si bien que les soirs d’austère manipulation de papiers professionnels, la pièce n’étant éclairée que par ce disque lumineux qui lui servait de lampe de bureau, le père tout à son travail paraissait à contre-jour et ne se rendait compte de ma présence qu’une fois à sa hauteur. Le bureau aspirait toute son attention ce qui me permettait de l’observer.
Lourde table de cuisine carrée. Étrange de manger sur du
carrelage. Ce plateau carrelé était supporté aux quatre coins par des
pieds en bois massifs et droits. Cela donnait à l’ensemble un aspect
puissant et aéré. Un meuble sombre dans une pièce toute en couleurs. Les
sets de table y étaient toujours mal assortis. On ne pouvait y manger qu’à
quatre et seulement un de chaque côté. Les places étaient définies sans
qu’aucune concertation familiale fût mise en place, c’était comme ça et
personne ne trouvait à y redire. La cuisine n’était pas très grande, elle
y prenait toute la place. N’ayant pas participé à son installation,
longtemps je me suis demandé comment ils avaient pu pour la faire rentrer
en un endroit si étroit. Allant jusqu’à imaginer qu’elle finalement
peut-être était assemblée à l’intérieur de la pièce. La démonter serait
trop compliqué alors on la gardait. Elle faisait partie de la famille,
elle nous a vu grandir. Difficile à présent de s’en séparer.
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