L'Intime / Le Monde, avec Laurent Mauvignier


 

           
             
     

  

( I )

 


une petite brune frisée avec un pantalon, écaille de tortue, un peu enflammée par la chaleur de la salle d’étude, sûrement trop couverte pour la température d’aujourd’hui, ébouriffée, pas réveillée, avec le bas gauche filé, crotté. En a même chaud aux pieds.

Une sensation de faim, est-ce l’heure du goûter ? Ne rate jamais le goûter ! Assoiffée, mais de la vie aussi, à l’écoute de cet espace de liberté, donné, tranquille, et dense, un peu décontenancée d’aller fouiller au fond. L’écheveau se déroule et ça promet d’être long.
 


( II )

 

 

Assise de travers, le mollet appuyé sur un pied de la chaise, des baskets rouges, un tee-shirt rouge, visible sous ton pull noir qui accentue ta pâleur du moment ; tu as les cheveux relevé mais certains te chatouillent le visage, tes doigts sont assez fins et tes ongles sont courts, tu portes un pantalon noir avec des rayures, tu es bien dedans, la fluidité de sa matière t’évoques l’été que tu espères patiemment ; tu es fatiguée et tes yeux veulent se fermer.
 

 

( III )

 


tu es très brun, assez trapu, en bref tu ressembles à un corbeau, on te l’a dit il y a longtemps, tu étais assis sur une barrière avec ce manteau noir recoupé de ton père, il faisait nuit, la lune devait briller

tu étais très brun plutôt, tu blanchis c’est bien normal,
les symétries se brouillent dans tes cheveux,
c’est comme tes idées, moins rigoureuses peut-être,
ou bien rêveuses, des contours moins nets comme ton corps,
tu voudrais qu’il soit plus dur une mesure de la lucidité,
tu en as depuis longtemps les lunettes mais après...

 


( IV )

 

 
je porte une veste rouge et des cheveux frisés
depuis peu puisque la veste est un achat récent
et les cheveux ne sont plus rasés
depuis moins d’un an.

mon attitude un peu voûtée ne me permet pas d’accéder
à la taille que j’ai sur mon passeport.
J’ai un sac en bandoulière,
une bague à l’annulaire de la main droite
et les jambes croisées quand je suis assis,
ce qui j’en conviens n’est pas ce qu’on peut trouver
de plus viril chez un homme.

Un jeans élimé aux talons par les frottements du sol, et ce à cause d’une mode qui veut que les pantalons se portent tombants.
 


( V ) 

 


j’ai oublié mes lunettes, je ne me vois pas

je suis invisible aujourd’hui
 

 

( VI ) 

 


Habillée en blanc et noir
Du blanc parce qu’il fait beau
Du noir parce que, tu allais dire pour ne pas jouer à la vieille qui veut se rajeunir mais non, à l’heure actuelle toutes les jeunes portent des vêtements noirs, alors pourquoi, parce que tu voulais mettre une jupe courte, tu vois bien que tu veux te rajeunir, mais non aujourd’hui les filles ont des jupes longues ou des pantalons, et ton collant avec des nounours tu ne crois pas que cela fait collège, Enfin noir et blanc cela faire jeune avec une pointe de maturité.
 

 

( VII ) 

 


Aujourd’hui c’est le printemps.

Tu portes donc une jupe claire, BCBG, heu elle te serre un peu, mais non c’est une idée, tu n’as pas grossi, il ne manquerait plus que ça.
Un tee-shirt et une veste à manches longues qui te tient trop chaud mais tu ne veux pas l’enlever car tes bras ne sont pas bronzés
Du maquillage, oui, il le faut
Tes bagues anciennes te rappellent sans cesse celle qui les a portées avant toi
Tes lunettes, quel ennui de vieillir !
Tes cheveux en liberté surveillée, font à peu près ce qu’ils veulent.
 

 

( VIII )  

 


grande jupe bleue à frou-frou
trop longue, trop de frou-frou
tant pis j’assume
tee-shirt marin.
Parce que j’aime la mer. Non, c’est pas vrai ; c’était le seul à ma taille.
chaussures bleu marine bien sages
coiffure : avec force gel, on peut croire que je suis coiffée
Médaille de la Sainte Vierge sur ma poitrine pour qu’on sache qu’on m’a envoyée à la messe jusqu’à 20 ans !
je résume : physique moyen, intelligence moyenne. Inoubliable quoi !
 

 

( IX )

 


 Schwartzenegger, Stallone, Delon
dans les meilleurs jours de mon miroir interne,
Atchoum, Grincheux ou le Grand Schtroumf
dans la grisaille d’un matin chagrin,
d’abord la beauté ça passe et ça lasse
alors je me contente d’être simplement Einstein, non non n’applaudissez pas !!
 

 

( X )

 


 

En blanc et bleu et pourtant pas une enfant de Marie ; Tu aimes le blanc, depuis toujours, tu choisis toujours le bon côté des choses, tu donnes toujours sa chance à la vie, le bleu, la bleusaille,

tu te sens jeune, naïve encore, en corps,

Et pourtant les bleus sont là,

ceux de l’âme,

ceux du corps.

 

 


(XI )

Décontractée malgré mon grand âge et les apparences pour ceux qui ne me connaissent pas j’aime les vêtements amples pour camoufler mes rondeurs et les tons violines, ceci depuis des années

yeux marrons verts au soleil, pommettes saillantes origine celtique. Cheveux longs, quelques cheveux blancs à la racine qui pointent. Il faut que demain sans faute je me refasse un henné. Caractère flegmatique et contemplatif.

Besoin de rêvasser. Mais attention j’ai eu aussi des périodes obligées de stress et de responsabilités

Maintenant je prends le temps de vivre.
 

 

( XII )

 


 

Regardez-moi ça !
Y’a plein de cheveux là-dessous, ça s’emmêle, ça s’entortille et ça fait des nœuds ; En un mot un vrai bordel, la tête est noyée dans ce désordre capillaire, ces éléments entremêlés, Faut vous dire que le proprio de ce crâne touffu et dense surmonté de deux paires d’yeux rayés il est aussi tout en désordre, il a plein d’os partout, il a paumé ses muscles, il a trop de coudes aussi, il est actuellement serré dans un sac de tissu en deux pièces, une chemise bleue, un pantalon large où il a la place d’entreposer des canes dont il ne sait pas quoi faire, allez t’as raison mets les l’une sur l’autre, tu te replies alors sur elles, t’as déjà des nœuds dans la tête et dans les cheveux fais aussi des jolies boucles avec tes extrémités ah attention tu changes de position tu tends les jambes, reprends-toi vite tu vas avoir l’air à l’aise si tu continues. tu reprends ta position de repli, ta bouche coincée entre les mâchoires et ton air de doux ahuri ; Souris un peu ça décontracte, et respires tant que tu y es.
TU ES BIEN, continues tu y crois presque.

 


( XIII )
 

 

des yeux plissés

comme deux vert secrets

rond comme un ballon

que tu as du mal à dégonfler

dedans c’est de l’eau chaude

de la tisane pour tout le monde

le bretelles empêchent les épaules de s’enfuir

tu marques, ton visage marque tout

tout est un hasard chez toi, le nez, un

cadeau d’Egypte, les joues, la clarinette

la bouche, deux lèvres choisis à l’internat

et le front, c’est le front qui me fait sourire
 
*

(texte écrit sur un papier découpé en forme de L :
initiale du prénom de l’auteur)

 

 

     
     

-.oOo.-
 
     
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