Réel / Imaginaire, avec Violaine Massenet


 

             
           
     

 

« La belle Hélène »

Non, que Massenet ne s’inquiète pas, il ne s’agit pas de l’Opéra Comique d’Offenbach ! Trouver en cette missive les deux Ajax, Paris ou Agamemnon et Ménélas, serait purement fortuit et donc indépendant de ma volonté… mais voilà, elle s’appelle Hélène (et non Manon !) cette Hélène là, bien que je n’en sache peu à son sujet, sinon qu’un bruit de couloir lui prête le surnom d’électron libre. Un truc libre est donc bien arrivé dans Béleyme ! J’en suis blême ! Est-ce seulement possible ? Nous verrons cela plus loin ou une autre fois. Voyons l’objet de ces lignes. Ecrire ! Comme si je n’écrivais pas suffisamment ! Deux trois lettres par jour – chaque jour – et encore écrire davantage et s’entendre dire que c’est un avantage… Enfin, passons et avançons, car tout de même il serait tant que j’arrive au centre du sujet, le temps de l’intro a fait son temps et il ne fut pas qu’au présent.

            Parlons d’Hélène.

Qui c’est celle là ? …nous sommes tous interrogés dans l’atelier lorsqu’on la vit arriver parmi l’impressionnant staff entourant l’écrivaine, gloire du Périgord, qui est, soit dit en passant, la responsable de ses lignes douteuses. Pour se présenter (je parle d’Hélène), elle nous fila une liasse de feuilles. Dessus c’est marqué qu’elle a traversé la ville à pied. C’est important de savoir ça ! surtout à l’heure où l’automobile a remplacé les arpions. Elle monte aussi des escaliers, nous précise le feuillet, et elle y déniche une salle de transit. Logique, elle a malgré tout un air à être parfois dans la lune et j’imagine que pour la lune, il doit y avoir quelques salles de transit, selon que l’on soit de mars ou d’un autre moment. Elle fréquente aussi un salon privé pour V.I.P, mais je vais trop “vip” certainement pour une bonne compréhension. Il faut dire qu’on n’en comprend guère davantage en lisant la doc’explicative. Enfin, lorsque l’on apprend qu’elle fréquente une extra terrestre aussi à l’aise en escarpins qu’en rangers… qu’elle salue le crapahutage rural à queue de cheval, des fantômes et autres passe murailles polis, valant… tiens ! ce n’est pas dit ! (un oubli !) mais cela doit être cher ! Donc :

Chère Hélène,

Mille mercis de m’avoir prêté, comme cela, gratuitement, l’un de tes chers livres (tout neuf en plus !). Cela m’a touché ! C’est vrai, je n’ai pas l’air comme ça, mais cela m’a ému. Dans cet univers, la beauté, même du geste, est absente. Alors… c’est chouette ! Je me suis donc obligé de me farcir La raison d’être de la littérature, moi qui me disais : il faudrait tout de même que je lise un jour un Prix Nobel de Littérature du troisième millénaire. Grâce à toi c’est maintenant chose faite ! Et bien faite, puisque ce discourt de Gao Xingjian ma véritablement happé ! « Vos Majestés, Vos Altesses royales, Mesdames, Messieurs,... » Tout de même, c’est une belle entrée en matière ! J’y ai découvert, page 81, que la langue était composée de mots et qu’un mot était une notion délimitée, ce qui lui donne un sens ! Alors que l’on ne vienne surtout plus me dire maintenant que ce que j’écris est dépourvu de sens, puisque ce n’est que composé de mots ! « Celui qui avance masquée ! » écrivis-tu ! Enigme ô combien énigmatique ! Il y en a qui avancent, d’autres qui retardent, des qui avancent en escarpins, d’autres en sous-marin dis-tu dans ta fameuse notice (explicatives ?). Il y a certes de grands risques à se risquer d’avancer, c’est à dire de mettre les pieds l’un devant l’autre, pour finalement finir par mettre un pied dans un atelier d’écriture massenetien périgourdin perlimpinpin tsoin-tsoin ! (Tsoin-tsoin est un peu de rigueur avec Massenet, je l’ai placé car j’avais peur de me faire appeler Jules ! Passons !). Oui il y a de grands risques, cette prose en est la preuve et la preuve en est cette prose ! Ecrire pour Le plaisir du texte, Roland Barthes ne doit pas être loin, d’ailleurs Violaine n’a pas hésité, quant à elle, à me le glisser d’office sous le bras, histoire de s’assurer que mon corps suivra bien ses propres idées, même si ce dernier n’a pas les mêmes idées que moi, enfin, ça c’est ce que j’ai découvert grâce à l’atelier, nous sommes indubitablement soudainement devenus des irréductibles du phénomène phéno-textuel, atteints du plaisir pervers de la perversité de l’écrivain, dans son plaisir d’écrire sans fonction… qui dit : « fou ne puis, sain ne daigne, névrosé je suis ». Belle mentalité ! Il faut dire que cela précède un morceau particulièrement éloquent  parlant de la forclusion du texte par conformisme culturel rationaliste et intransigeant, car suspectant une mystique de la littérature, ou un moralisme politique par la critique du signifiant, par le pragmatisme imbécile, sorte de phalanstère, car les contradictions y seraient reconnues ! Je me marre face à ce genre de texte. Mais je ne plaisante pas en plus ! C’est très bien Roland Barthes ! Merci Hélène de remercier Violaine… je compte même sur toi pour y ajouter un codicille !

C’était vraiment une chouette idée que de t’écrire, l’autre me disant « y bout de la remercier » ! Voilà qui va bientôt être fait : Merci Hélène d’avoir pensé à moi.

Bien à toi,

Scribe Bouilli-Kiavansmaské

 

© Scribe Bouilli 09.04.03

 

« Chère Violaine, »

                     Nous avons bien failli ne jamais nous rencontrer. Ta venue m’était pourtant annoncée depuis très longtemps, mais il a fallu que ton atelier d’écriture se déroule durant la préparation de ma défense à mon procès. C’était donc à regrets que je ne m’étais pas inscrit. De ce fait, je n’ai même pas pris la peine de lire un seul de tes ouvrages.

                        Mais la chance m’a finalement souri. Mon avocate s’obstinant à être absente, mes compagnons de galère t’ont parlé de moi, l’insistance s’est alors faite pour que je participe à cet atelier. J’ai alors pris le train en marche, en espérant que mon avocate ne vienne pas aux moments de nos rencontres.

                        Nous sommes peu de participants, mais cela nous a tous permis d’écrire dans de bonnes conditions. Tu es notre guide, et quel guide ! J’ai toujours aimé écrire, mais là, je me surprends. Je pensais ne plus rien avoir à dire sur ma vie, alors que maintenant, j’ai du mal à poser le stylo. J’en ai profité pour chasser les fantômes de mon passé. Peut-être qu’en me lisant, certaines personnes se reconnaîtront en moi, et se sentiront alors moins seules.

                        J’ai ainsi pu tourner la dernière page du livre de ma vie dévastée, puis ai refermé celui-ci à jamais. Aujourd’hui, j’ouvre un nouveau livre et entame une nouvelle page, une belle page blanche, vierge de toute impureté. Je ne vais pas te sortir les violons, Violaine, mais il est indéniable que tu m’a redonné la vie, j’ai pris une grande bouffée d’oxygène lors de ton passage, je me suis enfin libéré de mon passé.

                        Je n’ai pas considéré cet atelier comme étant un travail, mais comme un réel plaisir. Ton départ sera un vide pour nous, mais nous attendrons avec impatience le mois d’avril. Ensuite, le destin agira, peut-être nous reverrons nous chez nous, en Charente-Maritime.

                        J’ai été très heureux de faire ta rencontre, mais promis, c’est moi qui vais te lire à présent. Je terminerai en disant simplement, MERCI pour tout, Violaine.

                                               

                                                            Amicalement

  © J-G  A

  

 

« Chère Michèle, »

                  Rendez-vous compte, je vous écris alors que je vous supporte déjà les jeudis après-midi ! Michèle, la tornade qui dévaste nos esprits embrumés ! Michelle, l’électrochoc de nos pauvres âmes endormies ! Michelle, avec ses conseils de lectures qui sont complètement à l’opposé de mes goûts ! Michelle, qui m’a harcelé durant cinq mois en me parlant d’un atelier d’écriture ! Je finissais même par croire que je serai le seul participant, puisque j’étais le seul à qui vous en parliez avec autant de ferveur.

                        Mais rassurez-vous, Michèle, je vous aime bien. Seulement, si nous en venions à nous faire des compliments, nous n’oserions plus nous faire toutes ces mises en boite, qui semblent être inépuisables. J’aurais d’ailleurs du mal à me passer de la pêche que vous dégagez et que vous me transmettez. Vous devriez passer le concours de surveillant, vous seriez là plus souvent ! Mais vous connaissant, vous feriez journées portes ouvertes dans notre belle prison et nous feriez la lecture dans le couloir. Non, finalement, un jour par semaine est suffisant !

                        Bon, je vais arrêter là, car je viens de constater que je vous verrai dans deux jours, il me faut donc garder quelque vannes en réserve.

                        Eh ! Michèle, merci de passer nous voir...

                                                                                     Amicalement.

             © J-G  A

         

« Lady Hélène De Beleyme, »

                 Je te donne un nom noble, puisque tu es parmi nous pour une noble cause. Nous te voyons peu, bien trop peu, mais pourtant tu es là, tapie dans l’ombre, cachée derrière tes tâches de rousseur.

                        Tu apportes cependant énormément à notre bien-être, en t’occupant de l’association des activités. Peu de détenus te connaissent, peu savent le rôle que tu occupes en nos murs. C’est dommage, car tu es la personne qui se bat le plus, avec Patrick, pour nous rendre la vie plus facile, nous trouver des occupations saines, distrayantes et instructives.

                        Tu nous apportes également ta fraîcheur, ta jeunesse et ta bonne humeur, omniprésente. Tu nous as délaissé durant quelques mois, mais nous ne t’en avons pas voulu, puisque c’était pour une autre bonne cause. Un petit être de 43 cm, 1Kg 600 , que tu as appelé Clara. Tu pensais peut-être nous la présenter et envisager de faire un remake de « Clara et les chics types ! » depuis cette naissance, tu as changé. Les yeux de la jeune femme ont cédé leur place aux yeux d’une jeune mère.

                        Tu fais des prouesses dans ton travail, tu t’épanouis dans ta vie, un joli chemin semble t’être tracé. Il ne te reste plus qu’à le suivre et je te souhaite un très bon et agréable voyage. 

                                                  Amicalement.

     © J-G  A

                                     

 

« Chère Hélène, »

                        Je me permets de t’écrire ce parchemin, car tu as quitté notre vaisseau trop tôt, je n’ai pas eu le temps de rendre hommage à ton courage et ton travail.

                        Ton courage, parce qu’il en faut pour oser monter à bord du Bélem. Comme tu as pu le constater, notre navire prend l’eau de toutes parts et les canots de sauvetage ont été sabotés. Tu as été accueillie par des membres d’équipage antipathiques et indisciplinés, bien qu’ils soient supposés représenter l’ordre à bord. Ils sont beaux, dans leurs tuniques identiques, ternies par l’air salin, leur laisser aller peut se voir à leur barbe de plusieurs jours, c’est pitoyable. Tu as dû les sentir, derrière ton dos, à te détailler de leurs regards malsains, tenant des propos déplacés, car ils n’ont pas vu de femme depuis tous ces mois passés en pleine mer. Sont-ils d’ailleurs attendus par une femme ? J’en doute, puisque ces clones ont perdu toute humanité, tout respect de l’autre, jamais une femme ne pourrait les attendre.

                        Tu t’es refusée à baigner dans ce climat, c’est alors que tu es descendue dans la cale. Tu nous y as trouvé, nous étions cinq ou six, entassés dans un minuscule coin que nous nous étions aménagé. Nous, les gens d’en bas, nous étions bien mieux vêtus et bien plus accueillants que les gens d’en haut. Nous nous sentions humains, malgré nos chaînes haute fidélité à nos chevilles. Nous n’avions vu âme qui vive depuis plusieurs jours, le soleil depuis de très longues semaines.

                        Tu nous as parlé de ta douce voix et ton magnifique sourire a illuminé notre vie. Il fut notre soleil dans notre cale, un pur moment de bonheur. Tu t’es présentée, puis tu nous as donné l’un de tes écrits, « Journal au fur et à mesure ». Je ne l’ai lu que longtemps après ton départ, à la lueur de la bougie, une fois que mes compagnons de croisière se sont endormis.

                        Je me suis reconnu dans ta façon d’écrire, souvent même dans les mots. Tout comme moi, tu as un sens aigu de la perception et d’observation. Nous savons ironiser avec humour, cela nous permet de mieux vivre certaines situations, nous nous créons un monde meilleur et en faisons profiter aux autres. En te lisant, j’ai donc l’impression de te connaître, j’ai pu m’immiscer à tel point dans ton imaginaire, que j’ai réussi à percer tes mystères. Celui qui ne te comprend pas, celui qui ne sait pas lire entre tes lignes ne pourra jamais te connaître réellement. Ce point que nous avons en commun me rassure, car je sais à présent que je ne suis plus seul à voir le monde qui nous entoure de cette façon. C’est également avec pudeur que j’ai ainsi pu dévisager ton être, tout comme tu nous avais dévisagés à ton arrivée.

                        Je rends donc hommage à ton travail, à ta façon d’être. J’ai hâte de lire la suite de ton journal, mais nous reverrons nous ? Je ne sais pas du tout quand le capitaine du Bélem se décidera à me débarquer sur la terre ferme, l’avenir est incertain car les vents sont contraires à la direction que je souhaite prendre et mon hasard n’a jamais bien fait les choses. Cependant, j’attendrai un signe. De te revoir, je garderai l’espoir, Belle Hélène.

                        Je te remercie énormément pour avoir eu le courage de descendre dans l’obscurité de notre cale.

 

                                                                        Amicalement.

  © J-G  A

           


Le 18 Février 2003

 

    « Monsieur P, »

                          Je viens vers vous pour vous informer que j’ai finalement pu participer à l’atelier d’écriture. Violaine Massenet nous a demandé d’écrire une lettre à l’une des personnes ayant contribué à sa réalisation. Pour ma part, j’ai passé tout le monde au crible, il ne restait que vous.

                        Je sais que nous vous devons beaucoup quant aux activités qui nous sont proposées. J’ai simplement eu le regret de ne pas pouvoir participer aux stages de percussions et de guitare, suite à mes problèmes aux mains et aux bras. Je tenais cependant à vous remercier pour la rencontre avec Anne-Sophie Heckel, venue nous conter son périple à vélo jusqu’au Tibet et montrer ses images rapportées. Je vous remercie également de m’avoir permis de participer à l’atelier d’écriture dirigé par Violaine. J’ai ainsi pu extérioriser beaucoup de choses, me libérer de mon passé.

                        Pour moi, vous n’êtes pas seulement le Président de l’Association des Activités, mais aussi mon conseiller d’insertion et de probation. J’attends beaucoup de ce côté là, car je tiens absolument à être réinséré correctement et dans de bonnes conditions. J’ai bon espoir, car j’ai confiance en vous. Nous nous rencontrerons donc plus souvent une fois mon procès passé et travaillerons ensemble pour mon avenir.

 

                                                                                    Cordialement.

                                                                                                                        © J-G  A

     
     


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